Contemporain

La dernière réunion des filles de la station service

18 mai 2016
la dernière réunion des filles de la station service
AUTEUR : FANNIE FLAGG

Editions : Cherche Midi
Année de sortie : 2013

Broché : 19,80€
Poche : 8,00€
Pages : 462

Lu du 11 au 13 mai 2016

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L'histoire

Point Clear, Alabama. Après avoir marié la dernière de ses filles, Sookie Poole aspire à un repos bien mérité. Elle aimerait se consacrer enfin à elle, à son couple, faire avec Earle, son mari, les voyages dont elle rêve. Mais elle doit encore compter avec sa mère, l’incroyable Lenore Simmons Krackenberry qui, à 88 ans, épuise les infirmières à domicile les unes après les autres. Si certains de ses coups d’éclat récents peuvent laisser penser qu’elle souffre de démence sénile, le diagnostic n’est pas aisé à établir car, toute sa vie, son comportmenet a été des plus excentriques.

Le jour où un mystérieux interlocuteur révèle à Sookie un secret de famille parfaitement inattendu, son existence vole en éclats, à commencer par ses rapports avec sa mère. Afin de comprendre qui elle est vraiment, Sookie va alors se mettre sur la piste d’une femme exceptionnelle, Fritzi, qui, en 1940, tenait avec ses trois sœurs une station-service dans le Wisconsin. Le destin incroyable de Fritzi donnera-t-il à Sookie une nouvelle inspiration pour sa propre vie ?

Mon avis

◊ J’ai lu La dernière réunion des filles de la station-service dans le cadre du clublectureMS. Si vous venez régulièrement sur mon blog ou si vous faites également parti du club, inutile que je réexplique encore ce que c’est, mais si jamais des personnes ne connaissant pas veulent en savoir plus, je vous invite à aller voir l’article de Victoria à ce propos. J’avoue qu’en voyant que Maybe Someday de Colleen Hoover dans la sélection du mois, j’ai immédiatement voté pour sans réellement prendre la peine de lire les résumés des autres romans… Il me faisait tellement envie ! Alors j’avoue que pour une fois j’étais un peu déçue que ce ne soit pas lui qui remporte les votes… Mais c’est pas grave, je me suis quand même prise au jeu et finalement j’ai été très contente de découvrir ce roman frais et drôle !

Nous suivons l’histoire de deux femmes en parallèle.
Sookie, la soixantaine, en 2005 : un mari aimant, quatre enfants adorables dont trois filles qu’elle vient tout juste de marier – et apparemment, ça n’était pas de tout repos ! Mais surtout, surtout, Lenore, sa mère. Une femme de quatre-vingt-huit ans encore en excellente santé et atteinte de narcissisme très poussé : elle se prend pour la reine d’Angleterre et accable sa fille de toutes les bêtises possibles. Elle qui pensait avoir enfin un repos bien mérité, elle tombe des nues quand elle apprend un terrible secret de famille, et ses rapports avec sa mère s’en trouvent quelque peu bouleversé.
Fritzi, une jeune polonaise dans les années 1940, qui tenait la station-service de son père avec ses trois sœurs durant la guerre, puis est devenue pilote d’avion pour remplacer les pilotes obligés de partir au front. Comment le destin de ses deux femmes va-t-il se rejoindre ?

J’ai beaucoup ri en lisant ce roman. Comme quelqu’un l’a fait très justement remarqué sur le groupe facebook du club, c’est un univers à la Desperate Housewives, où les apparences sont très importantes et où les rumeurs vont bon train. Quasiment à chacune de ses actions, Sookie se demande quelles répercussions ça aura, surtout sur sa mère Lenore qui est une vraie tornade : elle règne entièrement sur la vie de sa fille. Elle sait tout et elle a toujours un avis sur tout. Dit comme ça, c’est vrai que ça peut rebuter un peu, je suis la première à trouver ce genre de personne assez insupportable. Je ne suis pas trop le genre de personne à me demander si ce que je fais sera mal vu ou non – bon après ça dépend quoi, y a des limites tout d’même – mais ici c’est tourné de façon tellement drôle que j’ai ri de leurs comportements et propos plus d’une fois ! En fait, Fannie Flagg a réussi à rendre des personnages à la personnalité insupportable – pour ma part – totalement drôle et attachant.

[Lenore] avait le verbe haut et les idées bien arrêtées. Elle faisait part de ses opinions à tout le monde et s’était mise, depuis peu, à appeler de parfaits inconnus dans des pays lointains. L’année précédente, elle avait téléphoné au pape, un appel qui, à lui seul, avait coûté plus de trois cents dollars. Quand on lui avait présenté la facture, elle s’était indignée. Folle furieuse, elle avait déclaré qu’elle ne devrait pas régler un seul cent, puisqu’on l’avait mise en attente sans lui passer son interlocuteur. Allez expliquer ça à la compagnie du téléphone. Faute d’arriver à faire entendre raison sa mère, Sookie lui avait demandé pourquoi elle avait voulu joindre le pape : Lenore était une méthodiste invétérée, et l’Eglise méthodiste ne reconnaît pas l’autorité de Rome. Elle avait réfléchi un instant avant de répondre : “Oh, c’était juste pour bavarder un peu.”

◊ J’ai trouvé que le roman traînait un peu en longueur, les pensées de Sookie, même si le récit est à la troisième personne tout du long, diverge souvent vers des anecdotes du passé, ou avec ses proches, qui sont très drôles heureusement mais qui du coup retardent pas mal d’évènements importants, notamment la révélation sur le passé de Sookie, et ça devenait un peu lourd par moment – très légèrement, heureusement. Le fait qu’elle fasse tout un cinéma pour ouvrir la fameuse lettre qui contient la révélation sur son passé et un peu agaçante aussi, en fait elle est le genre de personne que je qualifierai d’un peu « prout prout » haha. Malgré tous ces petits côtés un peu énervant, je n’ai pas pu m’empêcher de m’attacher aux personnages : parce qu’après tout, à mes yeux ces petits défauts font totalement leurs charmes !

◊ Je m’attendais à voir une quête physique dans ce roman et en fait il s’agit plutôt d’une quête psychologique. Sookie apprend qu’elle n’est pas celle qu’elle croit être et ça la chamboule complètement, elle n’arrive plus à savoir qui elle est et c’est cette quête là que l’on va suivre : la connaissance de soi. Elle va peu à peu se détacher de son entourage, sa mère en particulier, se détacher des conventions, du regard des autres tout simplement et découvrir la personne qu’elle est réellement, pour totalement abandonner la personne que les autres veulent qu’elle soit. D’ailleurs, plusieurs fois dans le roman des voisins lui font gentiment remarquer qu’elle est une personne très docile, qui s’adapte à tout le monde, et Sookie le prend mal en se disant qu’elle n’a décidément aucune personnalité.

◊ Du côté de Fritzi, j’en parle très peu mais en vérité c’est ce qui m’a le plus plu ! J’ai adoré suivre ses aventures, avec en plus le petit côté épistolaire durant la seconde guerre mondiale. À mes yeux, c’est un hommage à toutes les femmes qui ont remplacé les hommes, que ce soit sur Terre, dans les usines, pour la fabrication des armes, ou dans les airs, pour la fabrication et le remorquage des avions afin que les soldats puissent aller combattre avec. Et dire que toutes ces femmes n’ont même pas été remerciées, qu’elles n’ont eu aucun droit après ça, aucun privilège alors qu’elles en ont accompli autant que les soldats même si elles n’étaient pas au front (car après tout, si elles n’avaient pas été là les soldats n’auraient jamais été ravitaillées). Bref, ça m’a laissé un petit goût amer, surtout quand j’ai réalisé que c’était la triste vérité. Quelque part, cela a été bénéfique puisque les femmes se sont rendues compte qu’elles pouvaient être indépendantes, qu’elles avaient le droit de travailler et qu’elles avaient des droits tout court. Le chemin a été long pour avoir des droits égaux aux hommes, et il en reste encore à parcourir, mais ça a été l’évènement déclencheur !

Les personnages :
♦ Sookie, comme je l’ai dit un peu plus haut, est une vraie Desesperate Housewives : une femme qui a passé sa vie à s’occuper de ses enfants, qui se fit beaucoup trop au regard des autres et vit dans l’ombre de sa mère. Malgré son côté « prout prout » parfois un peu agaçant, je l’ai trouvé attachante et j’ai beaucoup aimé suivre son évolution. Quelque part, de son côté aussi elle a lutté pour son émancipation : non seulement en tant que femme, mais surtout en tant que personne à part entière.

♦ Fritzi est le personnage que j’ai préféré : dès le début elle est fraîche, indépendante, forte, franche. Elle trouve très vite sa vocation auprès des avions, elle affectionne tout particulièrement faire des cascades avec. Quand son père tombe malade et que son frère part à la guerre, elle n’hésite pas à reprendre en main la station-service, donnant différentes missions à ses sœurs et à elles quatre elles réussissent à la faire tourner du tonnerre !

Il tousse ce moteur? Un petit bisou et ça ira mieux.
Sale cette voiture? On fera un brin de ménage.
Les plus belles mécanos de tout le Wisconsin!
L’étincelle qui jaillit de vos bougies!
Dans la boutique, café, sandwichs,
bonbons, saucisses polonaises.
Bébé à bord? On change les couches avec l’huile.

Quand elle apprend qu’ils ont besoin de femme dans l’aviation, elle n’hésite pas une seconde et part s’engager. Elle est l’image même de la femme qui fait savoir qu’elle a des droits, sans pour autant vouloir l’imposer. J’ai trouvé que c’était un modèle.

♦ Et Lenore… Ce personnage apparaît très peu dans le roman mais on entend parler de ses frasques quasiment à chaque chapitre du point de vue de Sookie. Cette dernière a toujours une anecdote à nous raconter à propos de sa mère ! Elle est à la fois horriblement oppressante et narcissique comme mère, mais en même temps elle est tellement extravagante, originale et drôle. Pas sûre que j’arrive à vivre avec un personnage pareil, malgré tout je l’ai trouvé incroyable.

√ Pour conclure, malgré les longueurs j’ai trouvé que c’était un roman hyper frais, qui réchauffe un peu le cœur et en même temps nous envoie un message à propos de la femme. Pour ma part c’était une agréable lecture et une leçon de féminisme ! Et en plus, j’adore la couverture, girly mais pas trop.

la dernière réunion des filles de la station service

√ LES PLUS
  • frais et drôle
  • personnages imparfaits mais attachants
  • sujet du rôle de la femme durant la seconde guerre mondiale aux Etats-Unis
  • l’évolution des personnages subtile mais importante au niveau de l’indépendance féminine mais aussi personnelle
× LES MOINS
  • peut-être un peu trop “Desperate Housewives”
  • les personnages agaçants
  • les longueurs dans le récit

Ma note : 4/5

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Bonne journée, Sandy

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2 Comments

  • Reply La route des lecteurs 19 mai 2016 at 19 h 55 min

    Au départ, je n’étais pas tellement intéressé (peut-être dû au titre ?) mais après ta chronique, j’ai juste une envie : le lire ! Je le rajoute tout de suite à ma wish-list ^^

    • Reply Sandy 19 mai 2016 at 20 h 33 min

      Au départ le titre ne me parlait pas DU TOUT non plus ^^ Je m’attendais limite à une réunion spécial commérage… Mais cette lecture est beaucoup plus intéressante qu’elle n’en a l’air 🙂

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