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La voix cachée

22 février 2017
AUTEUR : PARINOUSH SANIEE

Editions : Robert Laffont
Année de sortie : 2017

Broché : 21€

Pages : 376
Lu du 1er au 3 février 2017

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L'histoire

À quatre ans, Shahaab ne parle toujours pas. Protégé par sa mère, il n’a pas conscience de sa différence et vit heureux. Puis il découvre que son entourage, y compris son père, le prend pour un idiot et se moque constamment de lui. Son monde de paix et d’harmonie s’écroule. Comment faire face à la violence psychologique dont il est victime ?

Submergé par la révolte, Shahaab devient un véritable petit démon. Jusqu’à l’arrivée de sa grand-mère. À force d’avoir et d’écoute, elle le délivre de sa rage et lui apprend à communiquer. Les voix de Shahaab et de sa mère, Maryam, se mêlent pour raconter cette histoire vraie d’une enfance brisée puis reconstruite.

De livre en livre, Parinoush Saniee dénonce l’aveuglement des parents iraniens, déchirés entre leur volonté d’émancipation et la pression d’un islam rigoriste, face à la détresse de leurs enfants.

Mon avis

∴ Avant de commencer cette chronique, je voudrais remercier les éditions Robert Laffont pour l’envoi de ce roman. Comme vous le savez, si vous me suivez régulièrement (sinon vous allez l’apprendre), j’ai adoré Le voile de Téhéran de Parinoush Saniee qui avait été un sacré coup de cœur, et celui-ci me faisait énormément envie. J’ai donc été très surprise et heureuse de recevoir un mail de la part de la maison d’édition !

◊ Je n’ai pas envie de faire durer le suspense, comme souvent quand je commence une chronique coup de cœur : j’ai totalement adoré ce roman. Il a su faire chavirer mon cœur autant que Le voile de Téhéran, malgré le sujet très différent du premier roman de cette auteure. Sachez que ce partenariat n’affectera ni mon avis, ni ma chronique sur ce roman, car même si je déteste écrire des avis négatifs et que j’essaye toujours de trouver des points positifs à un roman – par respect pour le travail de l’auteur – j’ai beaucoup de mal à faire semblant d’aimer un livre. Et puis, mon copain est mon meilleur témoin : il m’a vu lire ce roman avec passion et le refermer avec beaucoup de tristesse. Comme pour Le voile de Téhéran et Le chant du Rossignol, c’est avec une petite boule au ventre que j’écris ces lignes.

C’est vachement dur d’écrire quand on a aimé à ce point un livre, car j’ai toujours peur de ne pas être à la hauteur de ce que j’ai ressenti. J’ai tellement aimé ce petit Shahaab. Je crois que Parinoush Saniee a un véritable don pour nous happer tout entier dans ses personnages, pour nous faire vivre les évènements avec eux et nous attacher à eux très fort. J’ai tout vécu avec Shahaab, comme si j’étais avec lui mais invisible, un peu comme ses amis imaginaires sauf que même lui ne me voyait pas !

◊ La violence psychologique que subit ce petit garçon dès l’âge de quatre ans est terrible. Parce qu’il ne parle pas, son entourage le prend pour un débile sans même se dire qu’il n’en a peut-être simplement pas envie et que leur comportement ne le poussera certainement pas à le faire. J’ai tellement eu envie de leur hurler dessus parfois que je me suis plusieurs fois retrouvée les larmes aux yeux de frustration.

◊ En vérité, le petit Shahaab est très intelligent et, si au début j’ai souri de son innocence enfantine et parfois un peu « bête » qu’ont tous les enfants à cet âge, au fil de ma lecture j’ai été effrayée de voir son évolution. L’auteure, de manière à la fois naturelle et brutale, nous montre le changement que peut provoquer la méchanceté à répétition à l’encontre d’un enfant. Refusant toujours de parler, Shahaab exprime son injustice et sa colère à sa manière, et malheureusement pour lui, cela ne fait que renforcer le rejet des membres de sa famille et il se sent de plus en plus seul – même s’il s’éloigne aussi de lui-même, mais comment lui reprocher ? C’était hyper poignant et je mourrais d’envie de serrer ce petit garçon dans mes bras pour le rassurer et le protéger de ce monde cruel.

◊ Shahaab subit très peu de violence physique, il n’est pas battu pour un oui ou pour un non, et pourtant il vit souvent dans la crainte. La crainte du regard de sa famille et de leurs paroles blessantes. La crainte qu’on le force à parler. Qu’on le prenne pour un phénomène de foire. Il souffre d’une véritable violence psychologique et on se rend peu à peu compte que c’est aussi destructeur que de se faire battre.

◊ À travers Shahaab et ses yeux innocents mais encore une fois intelligent, en vérité nous voyons l’Iran tel que l’auteure le voit. Les familles tiraillées entre tradition et modernité, la « police de la moralité » qui irait presque jusqu’à faire fouetter un homme et une femme pour un simple échange de regard… Une fois de plus Parinoush Saniee semble vouloir dénoncer l’oppression de son pays avec à la fois subtilité et réalité. L’écriture est tellement fluide, à la fois douce et brutale, et criante de vérité qu’on tourne les pages de ce roman sans s’en rendre, avide d’en savoir plus et refusant de quitter le petit Shahaab.

√ Pour conclure, ce roman a su me toucher directement au cœur et le conquérir. C’est un immense coup de cœur et je suis heureuse d’avoir eu l’occasion de le lire. Une fois de plus, j’attends avec impatience une autre sortie de l’auteur, ça va être une véritable torture d’attendre ! Shahaab me manque, tout comme Massoumeh me manque encore aujourd’hui. C’est incroyable de réussir à créer des personnages aussi fort. Je ne peux que vous conseiller ce roman !

la voix cachée

les plus

  • poignant, touchant, bouleversant
  • addictif
  • Shahaab est très, très attachant
  • l’écriture est belle et fluide
  • derrière l’histoire de Shahaab se cache une fois de plus une critique de la société dans laquelle l’auteure vit

les moins

  • r i e n

Ma note : ♥♥♥♥♥

Avez-vous déjà lu un des deux romans de cette auteure ?
Avez-vous envie de la découvrir ?
N’hésitez pas à commenter, partager,
ou à cliquer sur le petit cœur en bas ♥

Bonne journée, Sandy

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8 Comments

  • Reply dreamingwithboooks 22 février 2017 at 17 h 01 min

    Je te rassure, on ressent très bien ton coup de coeur, et tout ce que ce roman a pu te faire ressentir! Tu en parle d’ailleurs très bien! Le sujet à l’air vraiment intéressant pour étudier la violence psychologique et les conséquences qu’elle peut avoir …

    • Reply Sandy 22 février 2017 at 18 h 55 min

      Je pense que ce roman va me marquer un petit moment et que je vais souvent le conseiller autour de moi !
      Merci pour ton commentaire 🙂

  • Reply mathilde 23 février 2017 at 21 h 06 min

    Comme toi j’adoré cette lecture et j’avais du mal à lâcher le livre. J’ai été très touchée par ce petit garçon si attachant.
    On avait envie de lui faire un gros câlin.
    Je suis bien contente de l’avoir lu et je le conseille aussi beaucoup autour de moi.

    • Reply Sandy 23 février 2017 at 21 h 30 min

      C’est exactement ça, un énorme câlin pour effacer tout le mal qu’il a subit !

  • Reply Mademoiselle C. 24 février 2017 at 17 h 10 min

    Comme quoi, la violence physique n’est pas forcément la plus destructrice. :/
    Tu m’as donné envie de lire ce livre, alors que ce n’est pas vraiment le style qui me séduit d’habitude !
    Tu as été très convaincante et ton coup de cœur est contagieux ! 😛

    En tout cas je te comprend quand tu dis que tu as peur de ne pas être à la hauteur de ton coup de cœur. Moi j’ai toujours l’impression de ne pas avoir les mots pour transcrire mon émotion. D’ailleurs, un coup de cœur nous fait vivre de telles émotions qu’elles sont quasiment impossibles à retranscrire.
    Madame Bovary m’a tellement bouleversé que je ne sais même pas si mes mots arrivent à être aussi fort que mon émotion.
    Alors ça met forcément la pression lorsqu’on écrit l’article.

    Par contre, je trouve que descendre un livre, c’est plus facile et les mots viennent tout seuls ! xD

    • Reply Sandy 25 février 2017 at 7 h 50 min

      Ce n’est pas le genre de livres vers lequel je me serais tournée d’habitude, mais grâce au club de lecture de Victoria j’ai pu découvrir cette auteure et j’en suis ravie, car je serais vraiment passée à côté de quelque chose !
      Voilà, surtout qu’un coup de cœur est forcément un roman qui a su nous faire vivre quelque chose d’incroyable, c’est si dur de l’expliquer par écrit! Et dire qu’on se plaint de ne pas trouver nos mots, alors qu’il paraît que la langue française est la plus « complète » pour ça :p

  • Reply La route des lecteurs 27 février 2017 at 13 h 33 min

    Grâce à toi, j’avais déjà ajouté « Le voile de Téhéran » à ma wish-list. Je commencerais donc par celui-là mais je sens que cette nouvelle histoire peut également me plaire ! On ressent très bien ton coup de coeur, c’est certain 🙂

    • Reply Sandy 27 février 2017 at 20 h 38 min

      Même si Le Voile de Téhéran n’est pas un coup de coeur alors que celui-là si, j’avoue que je ne saurais pas lequel conseiller en premier! Mais peu importe par lequel tu commences, à mon avis tu aimeras dans tous les cas 😉

      Merci pour ton commentaire!

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